Une nouvelle ère de guerre psychologique se déroule sur les réseaux sociaux, motivée non pas par la propagande d’État traditionnelle, mais par des animations hautement sophistiquées générées par l’IA. Un groupe connu sous le nom de Explosive Media a gagné en popularité en utilisant des dessins animés de style Lego pour troller le président américain Donald Trump et critiquer la politique étrangère américaine, touchant ainsi des millions de téléspectateurs sur les plateformes grand public.

La montée de la « propagande Lego »

Alors que le gouvernement iranien a utilisé des styles d’animation similaires dans le passé, les médias explosifs représentent une évolution significative dans les opérations d’influence numérique. Contrairement aux efforts précédents menés par l’État, ces vidéos sont :

  • Adapté à la culture : le contenu utilise des mèmes occidentaux, des morceaux de rap en anglais et des références à des scandales politiques américains (tels que les dossiers Epstein) pour trouver un écho auprès du public américain.
  • Technologiquement avancé : Le groupe utilise des outils d’IA pour rédiger, produire et éditer des vidéos courtes de haute qualité adaptées à TikTok, X (anciennement Twitter) et Instagram.
  • Strategiquement chronométré : Le groupe fonctionne avec une grande agilité. Suite aux récents commentaires du président Trump concernant une éventuelle action militaire contre l’Iran, le groupe a publié une vidéo préparée à l’avance montrant un “Lego Trump” se rendant avec un drapeau blanc.

Pourquoi cette stratégie fonctionne

Les experts suggèrent que le succès de ces vidéos réside dans leur capacité à « distiller » des conflits géopolitiques complexes et lourds dans des formats digestes et engageants.

“Les gens se désintéressent d’une partie du véritable contenu du conflit et recherchent quelque chose qui puisse résumer ce qui se passe rapidement et dans un langage et un ton qu’ils comprennent”, explique Moustafa Ayad, chercheur à l’Institut du dialogue stratégique.

En utilisant l’humour et une esthétique reconnaissable, le groupe exploite la désaffection existante au sein des États-Unis, rendant la perspective iranienne plus accessible qu’étrangère. Cette approche « sur deux fronts » – impliquant à la fois le public international et les critiques américains – permet au contenu de se diffuser de manière organique grâce au repartage et à des taux d’engagement élevés.

La question de l’autonomie et de l’accès

Une tension centrale dans cette histoire est l’identité des médias explosifs. Même si le groupe prétend être une entité indépendante composée de jeunes militants, plusieurs facteurs soulèvent des questions quant à ses liens avec l’État iranien :

  1. Accès Internet : Dans un pays où le gouvernement iranien contrôle strictement et restreint souvent l’accès à Internet, le groupe maintient une présence mondiale massive. Ils prétendent que cela est dû à leur statut d’« organisation médiatique ».
  2. Alignement politique : Malgré leurs revendications d’indépendance, leur contenu est majoritairement favorable au régime et s’aligne étroitement sur les récits diplomatiques officiels iraniens.
  3. Sophistication : Le niveau de production et la capacité à contourner la censure typique suggèrent un niveau de ressources et de coordination souvent associé aux acteurs parrainés par l’État.

Évolution du champ de bataille numérique

Le passage des médias d’État secs et bureaucratiques à des machines à mèmes accrocheuses et pilotées par l’IA marque un tournant dans la façon dont les conflits modernes sont perçus. Que ces créateurs soient des militants indépendants ou des mandataires de l’État, leur capacité à détourner l’air du temps culturel démontre que la bataille pour l’opinion publique est de plus en plus menée par le biais d’algorithmes et d’esthétiques plutôt que par la seule diplomatie traditionnelle.


Conclusion : L’émergence de mèmes hautement raffinés générés par l’IA signale un changement sophistiqué dans l’influence numérique, où la maîtrise culturelle et l’esthétique virale deviennent aussi puissantes que les messages politiques traditionnels.